Cantique des Cantiques (étude)

Bronze, fonte à la cire perdue – H 46 x 26 x 15 cm 


 

  1. ’’Cantique des cantiques, de Salomon.’’
  2. Qu’il me baise des baisers de sa bouche !
    Car ton amour vaut mieux que le vin,
  3. tes parfums ont une odeur suave ;
    ton nom est un parfum qui se répand ;
    c’est pourquoi les jeunes filles t’aiment.
  4. Entraîne-moi après toi !
    Nous courrons !
    Le roi m’introduit dans ses appartements…
    Nous nous égaierons, nous nous réjouirons à cause de toi ;
    nous célébrerons ton amour plus que le vin.
    C’est avec raison que l’on t’aime.
  5. Je suis noire, mais je suis belle, filles de Jérusalem,
    comme les tentes de Kédar, comme les pavillons de Salomon.

6. Ne prenez pas garde à mon teint noir :
C’est le soleil qui m’a brûlée.
Les fils de ma mère se sont irrités contre moi,
ils m’ont faite gardienne des vignes.
Ma vigne, à moi, je ne l’ai pas gardée.


Remise de la croix de Chevalier des arts et lettres

par M. Jacques Barthelemy, préfet de Seine et Marne à M. Michel Lévy, sculpteur

 

Cher Ami,

Chère Madame,

Monsieur le Maire,

Mesdames, Messieurs, Chers Amis,

Vous connaissez tous Michel LEVY, vous connaissez sa passion pour son Algérie natale et sa passion pour la sculpture, qui le faisait, dès l’âge de 5 ans, travailler des morceaux de savon, mais aussi celle de la médecine, qui au même âge, le conduisait à disséquer de petits animaux.

Installé très jeune, dès 20 ans, dans un premier atelier aux Halles de Paris, il apprend à vivre de son art et se forme dans les fonderies où il découvre les différentes techniques qui mènent de l’original au bronze et à sa patine.
Après avoir passé son bac en candidat salarié, il devient « Art-thérapeute » en gérontologie, puis il se décidera définitivement pour sa vocation, la sculpture, et fournira depuis lors une œuvre originale dont nous voyons ce soir, quelques magnifiques échantillons.

La première expression de ses œuvres, surtout en sa première période, est esthétique. Ses œuvres sont, comme ses femmes, lisses et belles.
Puis on commence à y constater des rugosités, mais aussi des fluidités, qui marquent le thème de la dualité, en permanence récurrent dans son travail : la Beauté et la Mort, le Bien et le Mal, le Ciel et la Terre.

Enfin, une autre voie s’imposera rapidement à lui, l’anti-esthétique ou les difficultés de la condition humaine. Sur sa route créative, il façonne des nains, ils sont petits –car pour lui l’homme a perdu sa dimension charismatique- ils ont perdu leur peau, car sans cette peau qui leur sert de masque, ils laissent apparaître leur douleur profonde.

Depuis 7 ans, il consacre son expression artistique à une réflexion sur la relation entre l’homme et l’animal. Une relation de compensation à l’égard des animaux, mais aussi une relation de consommation que le poulet prêt à emballer qu’il présente incarne comme masse protéinique dans tous les pays.
En choisissant ce poulet, il a voulu montrer que même déplumé, celui-ci gardait la dignité inhérente à l’animal, par opposition, dans bien des cas, à l’homme nain qui l’a perdue, englué dans ses compromissions.

La seconde expression de ses œuvres est qu’elles sont une « cosa mentale » (chose mentale), selon l’expression de Léonard de Vinci.
L’œuvre d’art a en effet une nature double. C’est d’une part, une chose, une matière, mais c’est aussi le produit d’un travail de l’imaginaire, qui révèle les différentes strates de la conscience et de l’inconscient.

La partie matérielle, c’est ce que l’on appelle « la tecné » en grec, ce qui signifiait, à l’époque, aussi bien art que technique. L’immatériel, c’est le lien entre l’idée de l’art et la pensée de l’immortalité, si chère au cœur des anciens égyptiens. L’œuvre d’art, c’est un dialogue permanent entre le fond et la forme. Tout sculpteur est un prométhéen Dédale ; Dédale, ce héros grec, qui avait l’intelligence pratique qui lui faisait fabriquer des statues qui marchent, tout autant que donner des ailes à un homme.

En remettant l’homme au cœur de ses œuvres, Michel LEVY est en cela un « sculpteur des lumières ». Au 18ème siècle, en effet, l’idée de la sculpture, c’est l’utopie, ce qui la différencie de la sculpture du 17ème siècle, qui était essentiellement destinée à représenter la force et la magnificence du pouvoir, que l’on trouve dans l’art baroque du Bernin à Rome, ou les marbres de Pierre Puget à Paris.

C’était au 13ème siècle, que l’humanisme était réapparu dans la sculpture avec des productions de style antiquisant soulignant le corps (influence byzantine), puis au 14ème siècle, sous l’influence de l’art royal, soulignant l’élégance des formes, comme la « Vierge à l’enfant » du Louvre représentant Jeanne d’Evreux, Reine de France. C’était l’époque des corporations, des bâtisseurs de cathédrales.

Puis vint, à la renaissance italienne, l’humanisme des maîtres italiens de la perspective, de Brunelleschi, architecte, et sculpteur avec Ghiberti des portes du baptistère de Florence, et chez les peintres, de Giotto, Masaccio, Fra Angelico, Paolo Uccello et naturellement Léonard de Vinci qui replacent l’homme au centre du tableau, donc de l’univers pluridimensionnel.

De même, la représentation réaliste du corps humain à travers les œuvres de Donatello et de Michel Ange ne visait pas à réinventer le réel, mais à reconstruire une vision de l’antiquité en la modernisant, en prouvant ainsi que l’Art peut changer le monde. L’humanisme d’Erasme, de Guillaume Budé, de Thomas More, est inscrit dans les œuvres de Michel Ange, de Benvenuto Cellini, de Jean Goujon, de Germain Pilon…

Michel LEVY cultive aussi l’ambivalence entre le symbolisme et l’expressionnisme. Si sa sculpture est figurative, elle s’inscrit, de ce fait, dans la grande tradition qui va de Donatello ou Brunelleschi au 15ème siècle, jusqu’à Rodin à la fin du 19ème, notamment par l’usage du socle, qui est un trait d’union entre l’œuvre et son environnement. Le socle sert souvent à exprimer des idées. Comme la réflexion artistique de Michel LEVY le pousse plus vers la lecture mystique ou symbolique du monde que vers la seule représentation physique, certaines de ses sculptures s’inspirent, à mon avis, de « La porte de l’enfer » de Rodin au début du siècle.

Ce chef-d’œuvre, inachevé, mêle, dans une profusion presque végétale, des morceaux remarquables comme les trois ombres au dessus de la porte qui sont, en fait trois points de vue d’une même sculpture d’Adam chassé du Paradis, ou « le penseur » qui domine le linteau et qui figure à la fois Dante et Rodin. Initialement imaginée sur le modèle antithétique de la « Porte du Paradis », sculptée par Ghiberti pour le baptistère de Florence, « La porte de l’enfer », qui a marqué une rupture profonde dans l’histoire de la sculpture, est le symbole de la libre expression.

La « dualité » -qui confronte la Vie et la Mort- est l’œuvre de Michel LEVY qui s’apparente le plus à celle de Rodin.

Comme l’art est le propre de l’homme, la troisième expression des œuvres de Michel LEVY est d’être un langage spirituel particulier.

Chaque artiste, en la matière, s’efforce de désapprendre autant que d’apprendre de ses maîtres ; c’est Paul Gauguin qui, chez les peintres, sera l’un des premiers à se lancer dans une quête ardente de « l’ailleurs et de l’autre ».

Michel LEVY ne fait pas différemment sa quête de « l’ailleurs » : voyez toutes ses œuvres inspirées par l’Ancien Testament, le Cantique des Cantiques ou ses réflexions sur le « grand architecte de l’Univers » qu’incarnait le Roi Salomon : mais c’est aussi la quête « de l’autre », de l’autre dans son humanité meurtrie et émouvante qui se dégage avec peine des contraintes matérielles, des fonds sous-marins, de la terre nourricière, dans ses nains empotés mais au regard vif qui nous forcent à réfléchir sur notre pauvre humanité.

Dans certaines de ses œuvres, le symbolisme de Michel LEVY, souvent associé à la Bible ou à la psychanalyse, se traduit par des éléments naturels, des fleurs, des algues, des morceaux de roche, qui soutiennent une forme féminine anthropomorphique au sommet d’une colonne ou d’un totem, symbole de l’antagonisme entre le vice et la vertu, comme dans les œuvres du peintre britannique William Blake, à la fin du 18ème siècle.

Il cherche, souvent, pour reprendre une expression de Jean Moréas, « à vêtir l’idée d’une forme sensible ». Son imaginaire n’est pas mathématique, comme dans les œuvres de la renaissance italienne de Fra Angelico ou de Uccello. Son religieux n’est pas non plus rationnel, comme chez les Florentins du 15ème siècle. Sa représentation de l’homme n’est pas faite, comme chez les artistes italiens et français de la Renaissance, pour valoriser le primat de la forme et de la perfection, mais au contraire pour relier l’idéal à la triste condition humaine. C’est pour cela que dans l’œuvre de Michel LEVY, on trouve aussi le retour du langage, qui coïncide au 20ème siècle avec l’apogée des sciences humaines.

Les mots sont, soit inscrits sur l’œuvre comme dans le « Cantique des Cantiques », soit sur son socle, soit suggérés comme dans la « Vanité de la Justice ». Les formes se donnent à voir, mais aussi parfois à lire. Les formules bibliques ou kabbalistique inscrites sur certaines des œuvres de Michel LEVY participent de tout ce langage spirituel.

L’œuvre parle non seulement au sens esthétique de celui qui l’admire, mais lui parle tout court, l’interroge ou le surprend, comme ces poulets qui portent sur leur dos toute la connaissance du Monde. Si cette connaissance du Monde est bien difficile à appréhender par les hommes, nains de l’esprit, c’est parce que l’œuvre du Grand Créateur est indéchiffrable pour l’Humanité créée. Ce n’est donc que par la transmutation spirituelle par le biais de l’œuvre que l’homme peut tenter d’accéder à la compréhension de l’Univers du Créateur, quelle que soit l’idée que l’on se fait de ce Créateur ou de sa force spirituelle.

C’est par le truchement de l’œuvre d’art que Michel LEVY nous rappelle cette évidence, comme le Gréco nous le faisait comprendre par ses tableaux torturés, à l’époque des transes mystiques de Sainte-Thérése d’Avila.

L’œuvre naît de la main de l’homme représentant l’idée que cet homme se fait de la place de l’humanité dans l’Univers. C’est en cela que les recherches spirituelles et sculpturales de Michel LEVY sont à la fois si importantes et si déroutantes, parce qu’elles nous renvoient à l’Essentiel, rappelant ainsi ces vers de Michel Ange : « Si mon rude marteau tire du dur rocher telle ou telle forme humaine, c’est du ministre qui le tient en mains et le guide et l’accompagne qu’il reçoit son élan ; mais c’est autrui qui le mène. Celui-là du ciel, c’est par sa vertu propre qu’il embellit le Monde ».

En vous remettant cette croix de Chevalier des Arts et Lettres, je voudrais, Cher Michel LEVY, vous féliciter pour l’œuvre magnifique que vous avez réalisée depuis maintenant près de 30 ans et dont la ville de Melun compte 2 représentations exemplaires « Héloïse et Abélard » devant la Médiathèque, mais plus généralement vous remercier pour l’originalité et l’humanité qui jaillissent de votre œuvre.

Cette distinction est trop modeste pour récompenser vos mérites, elle sera, j’en suis sûr, suivie par d’autres, aux couleurs encore plus chatoyantes.

Je voudrais aussi amicalement associer à l’honneur que le Ministre de la Culture vous fait, votre famille, votre épouse et vos deux charmants enfants conçus dans la « dualité » au moment même où vous mettiez au point les deux statues d’Héloïse et Abélard ; là aussi quel symbole que cette coïncidence dans le temps de l’œuvre créatrice !

Mais cette médaille est aussi duale ; c’est l’ordre des Arts et des Lettres ; les Arts comprennent évidemment la sculpture, les Lettres renvoient à l’idée même de culture.

Cette distinction rappelle le fait qu’un artiste est nécessairement un homme de culture qui puise ses racines dans le passé, qui les traduit par son œuvre présente, qui elle-même renvoie le spectateur à une réflexion sur le futur, sur la place de l’être dans l’Univers. C’est ce qui fait le mystère de l’œuvre artistique.

Enfin, Cher Michel LEVY, que cette distinction si méritée vous soit remise par mes soins m’honore également, car j’ai appris à connaître l’homme discret, chaleureux, réfléchi, que vous êtes, tout autant que de l’artiste reconnu internationalement et d’une virtuosité sans pareil.

Vous croyez dans le progrès de l’Humanité, votre œuvre l’exprime clairement, vous croyez dans cette nécessité permanente de l’élévation de l’esprit humain pour l’arracher à la gangue de sa pesante humanité. Vous croyez aux vertus de l’échange, de la solidarité et de l’amitié, et nombreux sont, ce soir, vos amis qui vous accompagnent pour ce vernissage et pour cette cérémonie.

Ainsi, j’aurai rencontré, pendant mon séjour seine et marnais, un homme de culture, de conviction qui bout d’un feu intérieur que ses ciseaux maîtrisent, qui transforme l’argile en bronze comme la pierre philosophale transformait le plomb en or, et qui fait d’un vulgaire matériau un grand-œuvre.

Un artiste comme vous ressemble à un alchimiste, qui, avec des débris d’Humanité conçoit un poème de métal qui illustre la capacité humaine à passer de la glaise à la lumière.

Pour tout votre talent, permettez-moi, Cher Ami, au nom du Ministre de la Culture et de la Communication, de vous faire Chevalier des Arts et Lettres.

 

Melun, samedi 25 mars 2006

MICHEL LEVY Marc Herisse

de Marc Herisse

 

Ce n’est pas par hasard si le gigantesque disque de bronze qui accueille ici le visiteur porte le nom de « dualité ». Ce mot seul résume le tempérament d’un des plus talentueux sculpteurs de sa génération, déchiré entre classique et baroque, sexe et âme, vie et mort, grotesque et sublime, bien et mal ou équilibre et chute. Et c’est précisément cette déchirure qui fascine.

Ses nains difformes, minuscules ou énormes, râblés comme des molosses, à la stabilité précaire, m’ont toujours inspiré dans leur désir d’ascension, un sentiment chaleureux. et fraternel : ils vont tomber mais ils sont debout.

La sérénité et l’équilibre, l’artiste ne les trouve pleinement que dans sa mystique judaïque comme dans ce superbe et majestueux tabernacle (le Cantique des Cantiques) ou ce chandelier à sept branches qui s’intègre subtilement à l’étoile de David par une série de liens de bronze qui symbolise toute la solidarité d’un peuple.

 

Article paru dans la Gazette de l’Hôtel Drouot

Michel Lévy La réalité de l’invisible Françoise de Céligny

par Françoise de Céligny

C’est avec une implacable lucidité sur les apparences que Michel Lévy regarde la complexité du monde. Forgeant sa propre vision, il transcrit les déchirures et les harmonies humaines dans un geste mêlé d’intransigeance et d’élégance. Partagé, passionné, oscillant sans cesse entre l’ombre et la lumière, il avance dans son art, conscient de la difficulté à révéler l’invisible contenu sous le carcan de la réalité. Ses bronzes expriment une ambiguïté magnifique construite à l’image de l’ambivalence de la nature.

De ses premières attirances vers la médecine, Michel Lévy garde un sens de l’observation et une analyse des corps qui favorise son exploration méthodique de la palpitation du réel. Son œil se fait scalpel, découpe les traits de la souffrance, du désir, de la peine, du plaisir et de toute la gamme des émotions humaines avec la précision d’un chirurgien de l’âme. Ses figures tourmentées témoignent de la tragédie du monde sans perdre la trace d’une espérance indélébile. La facture de ses œuvres transpire une ébullition sensible, intense, entre rêves et pulsions instinctives, laissant un feu sacré surgir de la magie de l’inspiration. Parfois proches du magma originel, parfois ciselés comme des ornements précieux, ses bronzes resplendissent un métier, une sensibilité et une esthétique fascinants. Ses personnages mis à nu, à la fois par la consistance de la matière et par une volonté expressive sans concession, transcrivent une détermination à travailler en osmose avec les forces vives d’une créativité authentique.

Au cours de sa progression artistique, Michel Lévy s’est construit une spiritualité atypique en accord avec ses convictions intérieures volant au dessus des conflits des croyances. C’est par une perception animique des moteurs de l’existence qu’il a façonné les créatures qui peuplent ses pensées et ses œuvres. Les nains, estropiés, oiseaux fantastiques, vierges et autres créatures qui façonnent sa mythologie personnelle, évoquent les multiples métamorphoses de l’inconscient capable de revêtir les formes les plus improbables. L’odyssée sculpturale de Michel Lévy nous entraîne dans les méandres d’une aventure qui parvient à s’élever à la juste « altitude de l’âme » si chère à Antoine de St Exupéry.

 

Article paru dans l’Univers des Arts – Avril 2006

Préface pour l’œuvre de MICHEL LEVY

Préface pour l’œuvre de   MICHEL LEVY

Par

ANDRE CHOURAQUI

 

      Le rayonnement de la Bible est universel. En chacune de ses pages, elle décrit l’homme tout entier, ses lumières et ses ombres, son amour et ses haines, ses vertus et ses  vices, ses désespoirs et son invincible espérance. Je ne cesse de méditer sur ce rayonnement en découvrant l’œuvre de Michel Lévy qui, en chacune de ses pages, révèle la quête d’un homme, son auteur.

 

Enfant il se jette à la découverte de Paris. C’est là qu’il découvre l’univers entier et, plus spécialement, l’être humain dont il est en quête. Il déserte parfois les cours du lycée pour se réfugier au Louvre et dans d’autres musées où il s’imprègne des sculptures classiques de la Grèce antique, de l’Egypte et de l’Asie.

A 26 ans il poursuit sa quête passionnée dans des études de médecine qu’il entreprend alors qu’il est déjà un sculpteur connu. Il poursuit ses études tout en créant un service de thérapie par les arts, en gérontologie.

      Les développements de sa double carrière de sculpteur et de médecin l’obligent à choisir entre la médecine et la sculpture. Le choix de Michel Lévy, la sculpture, est à l’origine d’une œuvre parmi les plus significatives de ce vingtième siècle : elle se situe dans l’inclusion de l’humanité entre deux abîmes, celui de l’ineffable amour et celui de la nuit et de ses horreurs.

      Michel est en mesure de manier le feu et l’airain comme ses ancêtres le calame et le parchemin, pour célébrer la Création. Son art met en œuvre la lumière et l’ombre, le mouvement et l’immobilité, afin de fixer dans l’espace sa création nouvelle issue de son art et de son âme.

« Il n’y a qu’une seule beauté, celle de la vérité qui se révèle », enseignait Rodin. Michel utilise le feu et l’airain pour donner vie à la réalité qui l’habite. Ses doigts amoureux obéissent à son regard, et sculptent de lumière et d’ombre les formes qui le hantent. Pudiques et sereines, elles semblent surgir d’un rêve pour illustrer un mythe. La vérité de ses personnages nous pénètre par l’harmonie des corps. Ils surgissent d’une lumière dont ils sont le fruit.     

Dans l’exil de tant d’exils, il ne pouvait se sentir en harmonie avec son siècle ni avec les modes de l’art contemporain. Trop vivant, concret dans sa recherche de vérité, il tourne le dos à l’abstraction, voué, sa vie durant à reconstruire une nouvelle figuration, enrichie par toutes les découvertes de formes et de matière de son siècle.

Au-delà de la relation qu’il entretient avec le feu et le bronze, les mains de Michel obéissent à l’ordre donné jadis par Aristote : elles obéissent à la guidance de son regard et pensent.  Ce faisant, elles sont antérieures à toute théologie et toute métaphysique. Antérieures aussi au rêve ou au mythe, elles chantent l’étrange magie d’une création pure. Michel Lévy puise son génie au plus profond des ses racines, antérieures aux modes et aux époques : la charte de son alliance, il la grave de ses doigts dans le bronze, en superbes caractères hébraïques : c’est le texte du Shir ha Shirim, le Cantique des cantiques. L’homme et la femme, splendides dans leur nudité, chantent leur union. Celle-ci se consomme lorsque les deux volets du triptyque sont rabattus sur le panneau central. En son centre brûle le mystère de l’amour. Ce chef-d’œuvre célèbre le retour de Michel auprès de ses racines qui, dans leur coffre central, brûlent et ne se consument pas.     

« La Dualité » ce bronze polychrome aux symboles multiples, comme toutes les statues sorties du génie de Michel Lévy, chantre du réel, nous fait prendre conscience du drame essentiel de l’homme. Celui-ci, s’il veut survivre, doit faire le choix de la vie face à la mort, de la paix face à la guerre, de l’amour, non de la mort. Alors ses anges aux ailes brisées, ses hommes aux bras paralysés, aux mains amputées retrouveront la plénitude de leurs lumières et de leur vie.

      Médiateur entre l’Orient où plongent les racines de son art et de sa culture et de l’Occident, le talent de Michel Lévy s’épanouit au-delà de tout esthétisme, dans la création d’un au-delà du symbolisme et de l’expressionnisme. Son message nous est clairement transmis dans son œuvre : celle-ci a pour vocation de contribuer, comme tout vrai  poème, à faire surgir la lumière des ténèbres, le bien du mal, la beauté de la laideur.

 

 

 

 

                                                   ANDRE CHOURAQUI

                                                    JERUSALEM octobre 1998

 

 

 

 

 

 

 

Michel LEVY Le temps et la vie

Le temps et la vie

Il n’y a qu’une seule beauté, celle de la vérité qui se révèle, confiait Auguste Rodin.

Depuis que l’artiste a voulu utiliser la matière pour traduire une émotion, exprimer une sensation, cette course magique à la recherche d’une réalité souvent insaisissable a commencé. Le sculpteur entend ainsi traduire la relation secrète qu’il entretient avec le bronze, le marbre et le fer. Alors s’engage le travail du regard et de la main.

Voltaire soulignait l’importance du geste : « Tous les arts de la main écrivait-il, ont sans doute précédé la métaphysique de plusieurs siècles ». Ce que complétait Antoine de Saint-Exupéry en affirmant que « si le sculpteur n’est que science et intelligence, ses mains manqueront de génie ».

Telle nous apparaît l’œuvre de Michel LEVY quand il fait surgir un rêve, un mythe, utilisant le volume pour parfaire le mouvement.
Le fondement de son art se situe dans la précision et la réaction que suscitent chez lui l’inspiration et l’imagination. Il impose avec naturel un style délicat et personnel. Il ne se laisse pas influencer par la sensibilité d’une époque. Il poursuit une tradition qui remonte à l’Antiquité, ne subissant jamais les effets des modes.

Chaque génération impose ainsi à la sculpture son empreinte. Les nus de Michel LEVY restent pudiques et calmes. Ils nous apprennent que le corps demeure l’enveloppe de l’âme, inséparable, comme le disait Degas dont les statues ne se souciaient que d’une attitude naturelle.

 

Des œuvres de Michel LEVY se dégage toujours l’étrange magie d’un secret. Au-delà de la force et de la splendeur des formes, elles nous entraînent à la recherche d’une vision intérieure qui demeure.

 

Pierre-Christian TAITTINGER
ancien ministre
Maire du XVIe arrondissement

Michel LEVY « Au delà du seul esthétisme, le Vrai »

de Patrice de la Perrière

Les choses naturelles n’existent que bien peu, la réalité n’est que dans les rêves. »
Baudelaire

Michel LEVY fonctionne selon le principe de la Dualité et, pour cet artiste qui se réclame d’une spiritualité asiatique, une chose n’existe vraiment que par l’entremise de son contraire. Ainsi le Bien et le Mal s’engendrent éternellement, le noir et le blanc se contiennent l’un l’autre et ce que l’on voit n’est pas forcément la vérité.

C’est pourquoi le sculpteur a choisi d’aller au-delà de la simple apparence de l’objet regardé et de tenter de traduire, dans ses sculptures, l’inconscient que nous reléguons trop souvent au fond de nous -mêmes.

Ainsi dans son travail sur les nains il a voulu les représenter écorchés. Comme il le dit lui-même : « la peau est l’organe le plus grand, une sorte de tampon entre le monde extérieur et le monde intérieur. En ne représentant pas cette peau dans mes sculptures, symboliquement, cela permet de voir l’intérieur de l’être, une sorte de dépouillement du vieil homme. Une façon comme une autre de faire in état des lieux et de chercher à vivre avec ce que l’on a et non pas avec ce que l’on voudrait avoir. Quelques- uns de mes personnages sont estropiés, mais ils existent. Malgré les obstacles. »

Cette dualité, nous la trouvons encore dans d’autres œuvres de LEVY. Ainsi Eve et Circé, les deux polarités de la femme, le côté lumière et le côté ombre.

Le but de cet artiste qui sait poser les bonnes questions ? Unir les contraires, retrouver l’unité primordiale qui permet d’atteindre le centre des choses, le point de tous les possibles, de tous les devenirs.

Toutes ces sculptures, tous ces nains écorchés, sont en fait des portraits intérieurs qui nous concernent au plus haut point de notre conscience et qui nous font pénétrer dans un monde spirituel en quête d’un désir d’évolution. Ainsi , par exemple, la Belle Endormie, qui repose sur un socle dont les soubassements sont habités par des nains, évoque le rêve et l’inconscient de l’être humain, un peu comme si cette femme dormant paisiblement naissait de ce socle, véritable fondation de l’idée de l’artiste.

Dans quelques autres sculptures de Michel LEVY, les socles donnent des clés aux spectateurs et permettent, sinon d’expliquer, plutôt de suggérer la démarche créative.
D’une certaine manière on peut dire que Michel LEVY rejoint la grande tradition et en particulier l’œuvre de Benvenuto Cellini, dans laquelle les socles étaient d’une grande importance.
Les sculptures de LEVY sont comme des idoles, des dieux d’un monde bouillonnant où l’on oublierait l’esthétisme pour n’exprimer que la vérité qui n’est ni entièrement belle ni entièrement laide : elle est.
Cette vérité, il l’exprime d’une façon confondante, abolissant les barrières et nous forçant à prendre conscience de la réalité de notre personnalité, bringuebalée par une vie où les paramètres sont pour le moins fluctuants.

Michel LEVY a le pouvoir de raconter des histoires incarnées dans le bronze, une façon comme une autre de créer et de transmettre des paraboles que certains considèrent comme prophétiques. Alors écoutons -le en le regardant…

 

Article paru dans Univers des Arts

Entre Saint-Méry et Blandy-Les-Tours au milieu des bois la rencontre d’un sculpteur contemporain et d’une chapelle restaurée

de Annette Gelinet

Que la chapelle Notre-Dame de Roiblay, blottie au fond des bois, ait été reconstruite en 1803, après les déprédations de la Convention (remplaçant ainsi une chapelle du XIIème s), est un événement somme toute ordinaire pour l’époque.
Qu’on décide un jour que le tracé du chemin de grande randonnée GR1 passe par là relève d’une coïncidence un peu plus remarquable.
Mais qu’en cette fin de XXème s, réputé pour être bassement matérialiste, le Conseil municipal de Saint-Méry, mené par son Maire madame Glikson, décide de restaurer cette chapelle, l’événement mérite qu’on s’y arrête.
D’autant plus quand la remise en état s’accompagne d’une commande semblant renouer avec la plus pure tradition médiévale : une statue de la Vierge à l’Enfant, financée en partie par Esso-Rep qui reprend ainsi la démarche des confréries de bourgeois ou autre corporation de métier, mécènes d’antan.

Un événement exceptionnel donc tant par sa rareté que par sa qualité; car quoi ! On aurait pu se contenter d’une quelconque copie de Vierge comme a su en fournir le XIXème s. Et bien non ! On n’a pas hésité à faire appel à un artiste contemporain, Michel Lévy. On se souvient encore avec émotion de l’exposition de ce sculpteur, réalisée à Melun, à l’Espace Saint-Jean pendant l’hiver 1993-1994 ; la qualité de l’œuvre et sa présentation en avait fait le grand moment culturel de la région.
L’atelier de Michel Lévy étant à Blandy-les-Tours, à deux pas de la chapelle de Roiblay, il pouvait ainsi s’imprégner pleinement de l’esprit du site.
Un lieu qui favorise la méditation, un sculpteur talentueux, aux préoccupations spirituelles ; voilà les conditions idéales pour un chef-d’œuvre et Madame Glikson n’a pas regretté son choix quand Michel Lévy lui a proposé rapidement la maquette de la Vierge.

Aujourd’hui nous pouvons juger par nous-mêmes devant la sculpture en place :

Le choix du sujet d’abord : une Vierge allaitant ; plutôt original, surtout en sculpture (en peinture on en trouve déjà une image au II e s sur les murs des catacombes de Priscille à Rome ; le thème devient plus fréquent dans les icônes byzantines; mais en sculpture, les quelques représentations datent essentiellement des XIV et XVème s….Laissons là l’histoire de l’art et revenons à notre Vierge de Roiblay).
Quelle plus belle idée que ce choix d’une Mère nourricière, au milieu des bois ! C’est toute la force de la nature, la primitivité, une matérialité que l’on retrouve dans la conception -même de la base du manteau de la Vierge qui semble jaillir de la terre et se confondre avec elle ; on a la sensation de voir les doigts du sculpteur travaillant cette terre avec rudesse et énergie ; un sentiment laissé intact par la qualité remarquable de la fonte du bronze mais également par le travail de patine qui accentue admirablement cet effet.

Sorti de la terre, le manteau s’affine au fur et à mesure que l’œil du spectateur monte ; le sculpteur commence à maîtriser la matière, faisant intervenir l’outil ; un outil de plus en plus fin, pour un poli de plus en plus précis qui permet à la lumière de jouer pleinement son rôle dans la partie supérieure de l’œuvre ; rôle ô combien symbolique dans cette ascension vers la spiritualité pour arriver à la perfection des plis du voile!

Et puis il y a l’Enfant, fragile dans sa nudité, tout occupé à téter, avec tant d’avidité et de naturel que son nez et son poing s’enfoncent dans le sein maternel.
Comment penser au Christ quand on voit cette image attendrissante ?
Et pourtant ! Regardez le mouvement général de la Vierge et ce hanchement gracieux, contrebalancé à gauche par une envolée du bord du manteau et par la main qui rééquilibre le tout. Un ovale est ainsi créé, une forme en amande, ce qu’on appelle la mandorle, qui entoure habituellement le Christ triomphant dans la tradition iconographique.
Or ici tout ramène au Christ et semble le protéger : l’arrondi si naturel du bras de la Vierge, le voile s’envolant au-dessus de la tête de l’Enfant, le regard de la Mère, attendrie certes mais d’un port de tête plein de noblesse, de sérénité, de vénération. Cette noblesse, cette attention se prolongent dans la courbe du bras droit et de la main, si symboliquement longue et qui dans un dernier geste d’élégance protège encore l’Enfant du monde extérieur et écarte l’importun.
Car au-delà de la recherche d’équilibre, au-delà de la représentation religieuse on atteint une profonde réflexion.

On le voit chez Michel Lévy, rugosité et poli, ombre et lumière, calme et mouvement, matériel et spirituel… tout est dualité comme dans le reste de son œuvre d’ailleurs.
Et tout est pensé…avec un tel naturel!
Mais je ne vous ai pas tout décrit : vous ai-je parlé de ce sein qui frémit sous le tissu de la robe, de ces cheveux qui… Non, je n’en dirai pas plus. Je vous laisse la joie de découvrir l’œuvre, à votre tour.

Je vous souhaite d’avoir la même émotion que moi; cette émotion qui prend à la gorge et empêche de dire un mot; cette émotion qui nous grandit, qu’il est si difficile d’expliquer et dont on sent combien c’est un moment privilégié, qui ne sera jamais répété puisqu’il s’agit d’une œuvre d’art, unique!
Une émotion rendue possible parce qu’un artiste y a mis toute sa compétence, son expérience, sa connaissance, son imaginaire et sa sensibilité. Tout ce talent qui métamorphose un sujet traité en œuvre d’art, irremplaçable!

Merci à Michel Lévy de nous prouver, dans la lignée des Bernin, Carpeaux et autre Rodin, qu’il est encore possible de créer de la Beauté.

 

Article paru dans Notre département (octobre-novembre 1995).

Michel LEVY, L’œuvre et la Légende

L’œuvre et la Légende

…Après des études de médecine, Michel LEVY qui connaît bien l’anatomie, décide de se consacrer à la sculpture pour mettre à nu, en même temps que le corps, l’âme humaine. Il construit tout un monde onirique, où se côtoient des femmes au corps de déesse et des nains handicapés. Mais par-delà la simple déchirure entre la beauté et la laideur, le bien et le mal, toute une série de symboles religieux ou mythiques viennent se nouer, donnant à son œuvre une profondeur et une richesse inégalables.

L’œuvre de Michel LEVY nous invite à la découverte d’un monde sacré qui s’inspire, à travers sa série de « vanités », des préceptes énoncés par l’Ecclésiaste. « Vanité des vanités, dit l’Ecclésiaste, vanité des vanités, et tout est vanité. Que retire de plus l’homme de tout le travail dans lequel il se consume sous le soleil ? Une génération passe, une génération vient mais la Terre reste toujours la même ».

Peu importent la richesse et le pouvoir, la beauté narcissique qu’une femme porte à son corps. Une fois que la mort advient, que reste-t-il de tous ces êtres ? Que reste-t-il à Job quand tout son monde s’écroule autour de lui ? Que reste-t-il à l’Homme quand celui-ci n’a plus pour tout ami que cette terre qui le ramène à sa douloureuse et périssable condition ? Seule l’idée de l’œuvre à accomplir domine la vie de l’artiste. Car lorsque l’homme n’est plus, seule l’œuvre d’art subsiste comme le plus beau témoignage d’une vie vécue.

« Moi ! Moi ! qui me suis dit mage ou Ange, dispensé de toute morale, je suis rendu au sol, avec un devoir à chercher, et la réalité rugueuse à étreindre ! » s’exclamait Rimbaud.

C’est précisément cette réalité qu’il incombe à l’artiste de saisir et de métamorphoser. Tout le travail de LEVY repose sur une magie sacrée, les différents stades de la naissance d’une sculpture évoquent de façon allégorique la création du monde. La terre, l’eau, le feu et l’air sont les quatre éléments essentiels au travail du sculpteur, par lesquels il parvient à donner vie à ces êtres enlisés dans le socle de leur vanité de la beauté. Boue, lichen, racines végétales qui viennent s’enrouler sur une colonne et se confondre avec la chevelure d’une déesse au corps éblouissant. Nains monstrueux perchés sur des échasses tentant vainement de rejoindre un monde de lumière dont ils ont été bannis. L’œuvre de LEVY oscille entre la matière sordide et la beauté intelligible, sachant que la laideur ultime peut trouver grâce aux yeux de son créateur et que la femme perverse peut elle-aussi descendre de son piédestal. Rien n’est jamais acquis à l’homme, tout en perpétuel devenir. Les sculptures de Michel LEVY nous racontent l’histoire d’une quête. Si l’on a souvent parlé de dualité à propos de son œuvre, c’est sans doute parce que Michel LEVY est parti à la recherche de l’unité originelle, tentant précisément de concilier les différents aspects de la nature humaine. Chère et tendre dualité de l’être humain, déchirure singulière qui pousse l’être vers ses origines primitives ! L’Ange de LEVY est tombé sur le sol, meurtri par les évanescences de la pollution dont un nain tente de se protéger avec un masque à gaz. Il est déchu. C’est pourtant ici-bas que LEVY crée sa merveilleuse Maternité.

Ô sublime et fragile humanité !…

Anne-Julie BEMONT
Univers des Arts

Les deux passions de Michel Lévy

de Michel Prigent

Le sculpteur Michel Lévy, auteur d’Héloïse et Abélard, les statues monumentales de la médiathèque de Melun, expose à l’Espace Saint-Jean de la ville. Inspiré par l’Orient, où il a vécu, par la Bible qui est dans sa culture, et marqué par la médecine, qu’il a abandonnée pour l’art, l’homme nous livre un esprit bouillonnant et une leçon d’humanité.
C’était en 1993. La dernière exposition de Michel Lévy à l’Espace Saint-Jean. Depuis, ses sculptures ont fait le tour du monde, en passant par Londres, Washington et l’Italie.
Et puis, en 2004, on a beaucoup parlé de l’artiste à Melun, lors de l’inauguration de la médiathèque. Et pour cause, les deux grandes sculptures en bronze qui accueillent les visiteurs, Héloïse et Abélard, sont ses œuvres.

Michel Lévy, comme tous les grands sculpteurs, aime les grands espaces et les volumes imposants. Une sculpture monumentale, cela ne lui fait pas peur. A preuve, ses ateliers sont à la taille de ses œuvres, lui permettant ainsi de pouvoir s’exprimer au quotidien dans sa campagne briarde.
Ces sculptures, dans leur contexte, dans le lieu de leur création, se lisent encore mieux. L’atelier de Michel Lévy, c’est un peu comme un théâtre dans lequel un opéra se crée et s’épanouit.
Le sculpteur est à la baguette, il met au point sa partition, entouré de ses ébauches, esquisses, terres crues ou cuites. Là, il est inspiré. Il se souvient peut-être de son enfance algéroise, de sa passion remontant à l’enfance de toujours fabriquer des objets. C’est bien cela d’ailleurs, qui le mènera à la sculpture en arrivant à Paris !

Et puis, il y a cette curiosité du vivant, des petits animaux. Les lézards, les sauterelles, les insectes, sur lesquels, dans l’Algérie de ses dix ans, il s’extasie. Mais, cette observation n’est pas perdue, elle le mènera à la seconde passion de sa vie : la médecine. D’ailleurs, à 26 ans, c’est dit : il repasse le bac et entre en faculté de médecine en suivant les cours du soir.
Alors, arrive la synthèse de ses deux amours : il devient art-thérapeute à l’hôpital de Limeil-Brévannes au service de gériatrie. C’est là qu’il se rend compte de la souffrance de l’homme et qu’il rencontre la détresse. C’est là aussi qu’il découvre que des patients qui se mettent à créer retrouvent leur dignité, leur identité. « Ils ont découvert qu’ils savaient encore faire quelque chose. Et ils continuaient même à vivre pour le groupe à travers leurs œuvres, lorsqu’ils mouraient ».

L’expérience est forte. Tellement forte que le choix est fait. Michel Lévy ne sera pas médecin. C’est par la sculpture qu’il soignera, mais l’esprit seulement. Il abandonne alors ses projets de chirurgie plastique. Un véritable déchirement pour cet artiste sensible.
Sensible, assurément. Peut-être même écorché vif dans certains cas. C’est ainsi que certains de ses personnages sculptés sont représentés.
« C’est pour mieux pénétrer leur monde intérieur » affirme-t-il en montrant un de ses nains grimaçants et souffrants, portant symboliquement tout le poids de la triste condition humaine. La peau enlevée, c’est finalement un personnage qui se dévoile.
Les voiles, il n’en n’a pas besoin non plus pour donner à rêver devant ses académies. Des nus parfaits avec lesquels il a pris un peu de distance pour ne pas tomber dans un esthétisme qui ne serait que faiblesse d’artiste.

La voie nouvelle empruntée par Michel Lévy est autrement plus audacieuse. Avec des poules géantes tirées par des nains, il nous lance à la figure que nous avons perdu le sens du sacré. Nous avons oublié aussi que ces animaux, à la base de la plus grande consommation de protéines pour l’homme, ont aussi été vivants. Alors, Michel Lévy a envie de nous faire ouvrir les yeux sur le monde qui nous entoure. L’homme ne deviendrait-il pas un nain, vivant dans l’oubli de ses propres repères ?

Mais, il y a aussi l’espoir et les enfants inspirent désormais le sculpteur. Les enfants de la Shoah, dans une œuvre remarquable et puissante, et ses propres enfants qui lui montrent au quotidien que dans le partage naît la vie.
Alors Michel Lévy, qui se méfie à raison de l’esthétisme pour l’esthétisme, a aujourd’hui élevé la réflexion au même niveau que son inspiration, le tout servi par une technique devenue merveilleusement évidente.

Admirez le résultat !

 

Article paru dans La République – 27 mars 2006